«Je suis payé 1,10 €», confie Théo Michel, étudiant infirmier, au micro de France 3. Pour lui, le problème ne se limite pas tant au montant déjà très faible de cette indemnité qu’aux délais de paiement. «En plus d’être payé de façon misérable, on touche parfois l’argent avec deux, trois, quatre, voire cinq mois de retard. C’est une double peine», explique-t-il.
À l’Institut de formation en soins infirmiers (IFSI) du Centre hospitalier universitaire de Bordeaux, plusieurs étudiants affirment rencontrer la même difficulté. Une autre étudiante de deuxième année raconte par exemple avoir reçu, fin février, l’indemnité correspondant à un stage terminé en décembre. «C’est toujours pareil», lance-t-elle, évoquant des délais récurrents.
Face à ces retards, les étudiants ont décidé de se mobiliser. Une pétition a été lancée afin de «dénoncer le traitement dégradant» qu’ils estiment subir. Leur démarche vise le CHU de Bordeaux, auquel l’IFSI est rattaché et qui est chargé de verser ces indemnités.
Des stages indispensables mais peu rémunérés
Les périodes de stage sont indemnisées, mais les montants restent très faibles. Selon l’année d’étude, les étudiants perçoivent entre 1,10 € et 1,70 € de l’heure, soit bien en dessous du SMIC horaire net. Pour certains étudiants, ces stages donnent parfois l’impression d’être utilisés comme une main-d’œuvre à moindre coût. «On va au CHU, en EHPAD, en libéral… On peut servir de main-d’œuvre pas chère, notamment en EHPAD où l’on remplace du personnel absent», témoigne Théo Michel.
Certains étudiants disent aussi se sentir peu reconnus pour le travail effectué sur le terrain. «On a parfois l’impression de travailler pour rien», confie l’une d’entre eux.
Des retards qui fragilisent les étudiants
Même si leur montant reste modeste, ces indemnités représentent une aide financière importante pour les étudiants. Lorsqu’elles sont versées plusieurs mois après la fin du stage, la situation peut devenir compliquée. Théo Michel évoque par exemple des difficultés pour régler certaines factures. «J’ai eu deux relances de la part d’EDF», raconte-t-il.
D’autres étudiants doivent également assumer des frais liés à leur mobilité, notamment lorsqu’ils se rendent en stage dans différents établissements. Pour certains, la voiture reste indispensable. Entre le carburant, l’entretien et l’assurance, les dépenses peuvent rapidement peser sur un budget étudiant déjà serré.
Afin de compléter leurs ressources, certains choisissent de travailler en parallèle de leurs études, notamment comme aides-soignants pendant les vacances scolaires.
Un moral en baisse dans la formation
Au-delà des difficultés financières, ces retards de paiement peuvent aussi avoir un impact sur le moral des étudiants. «Il y a un véritable mal-être au sein de la formation infirmière. Être payé de façon misérable et avec du retard n’arrange rien», estime Théo Michel. Plusieurs étudiants évoquent une fatigue morale importante et un découragement grandissant. Dans certaines promotions, l’idée d’abandonner la formation serait de plus en plus présente.
Ces témoignages font écho aux résultats d’une enquête publiée en 2025 par la Fédération nationale des étudiants en sciences infirmières (FNESI). Selon cette étude, 71,82 % des étudiants interrogés déclarent que leur santé mentale s’est dégradée, voire très dégradée, depuis leur entrée en formation.
Le CHU évoque un traitement administratif complexe
Contacté sur ces retards, le CHU de Bordeaux indique qu’ils seraient liés à «la nécessité d’un traitement manuel des dossiers des 1100 étudiants», notamment pour vérifier les présences en stage et calculer les frais de déplacement.
L’établissement assure néanmoins tenter de réduire ces délais et affirme rester attentif aux remontées des étudiants. Une explication qui laisse Théo Michel sceptique. «C’est un employeur qui a 15 000 salariés. S’ils ont du mal à traiter 1 000 dossiers, je me demande comment ils sont capables de gérer un hôpital», ironise-t-il.
Source : France 3 Nouvelle-Aquitaine
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