Le protocole de coopération entre les médecins et les infirmiers ainsi que les pharmaciens d’officine, porte sur la délégation de la prescription d’une antibiothérapie à un patient à la suite d’une piqûre de tique ayant entraîné un érythème migrant. Ce dernier doit apparaître 48 heures après la piqûre et avant 30 jours pour être considéré comme une manifestation caractéristique du stade 1 de la maladie de Lyme. «Nous avons choisi de nous concentrer sur l’érythème migrant afin d’écarter les formes articulaires et neurologiques de la maladie de Lyme, minoritaires mais qui requièrent un diagnostic médical», fait savoir Fanny Lannes, coordinatrice de la CPTS La Licorne, qui pilote le protocole.
Un protocole facile à déployer
« Ce protocole est très simple car lorsque nous sommes sollicités par un patient, nous disposons d’un questionnaire nous permettant de savoir si nous pouvons l’inclure et si nous sommes en mesure de prendre une décision sur la conduite à tenir», indique Béatrice Martin Malterre, infirmière libérale et infirmière Asalée au sein d’une Maison de santé pluriprofessionnelle (MSP). En cas de doute, elle peut faire appel au médecin délégant. Si le patient n’est pas en mesure de répondre à certaines questions, ne serait-ce que sur la date de la morsure, l’infirmier délégué ne peut pas l’inclure dans le protocole. Il peut toutefois lui délivrer un antiseptique et lui adresser une fiche conseil pour la surveillance. Le patient sous antibiothérapie doit lui aussi surveiller sa piqûre et certains signes cliniques (fièvre ou autre) pendant un mois.
Dans la creuse, entre 5 et 25% des tiques infectés par la la borréliose de Lyme
Dans la Creuse, le taux d’infections liées aux piqûres de tiques est particulièrement élevé. Sachant que «entre 5 et 25% d’entre elles sont infectées par la borréliose de Lyme», rapporte Fanny Lannes. Une situation qui conduit les patients, locaux et touristes, à demander des consultations médicales dès lors qu’ils ont été piqués. En parallèle, l’un des axes du projet de santé de la CPTS consiste à libérer du temps médical afin de faciliter l’accès aux soins. Pour atteindre cet objectif, «nous avons souhaité réfléchir à un projet en lien avec les pharmaciens, explique Virginie Chadeyron, infirmière libérale, secrétaire adjointe de la CPTS et co-référente de l’axe 1 du projet de santé sur l’accès aux soins. Nous nous sommes donc orientés vers la prise en charge des patients piqués par des tiques, car nous sommes tous concernés par cette problématique.»
Une formation spécifique des professionnels de santé délégués
Les professionnels concernés se sont organisés en groupe de travail, d’abord pour élaborer, en lien avec le Centre permanent d’initiatives pour l’environnement (CPIE), une fiche d’information sur la prévention à destination des patients. Puis, pour réfléchir au protocole en tant que tel, permettant une coopération interprofessionnelle «plutôt rare entre nos professions, observe Virginie Chadeyron. Dans ce cadre, chacun a pu partager ses compétences».
À ce jour, deux médecins délégants, quatre pharmaciens d’officine et douze infirmières sont impliquées dans le dispositif. Soit neuf infirmières libérales, deux infirmières Asalée, et une infirmière ayant une activité mixte (Asalée et libérale). Pour formaliser le protocole, l’ensemble des professionnels de santé a suivi une formation de 7 heures, dispensée par le chef du service d’infectiologie du centre hospitalier universitaire (CHU) de Limoges. Ils sont également tous déclarés auprès de leur agence régionale de santé (ARS) comme participant au protocole.
Les patients nous sollicitent souvent pour extraire les tiques et désormais nous pouvons également répondre à leurs interrogations et agir en prévention.
Participer à une action de santé publique
« Lorsque j’ai décidé de suivre la formation, je pensais être davantage aidante pour mes patients en libéral, car je les vois régulièrement dans le cadre de ma tournée et spontanément, ils me montrent des piqûres de tiques, témoigne Béatrice Martin Malterre. Mais finalement, au sein de la MSP où j’exerce en tant qu’infirmière Asalée, je suis la seule, avec le médecin délégant, à être formée au protocole. Je me suis donc fait connaître des autres professionnels, notamment infirmiers et kinésithérapeutes, qui m’envoient désormais des patients.»
Les huit pharmacies d’officine que compte le territoire ont toutes été informées de l’existence de ce protocole, ce qui évite d’éventuels blocages à la dispensation du traitement au patient. «Ce protocole nous permet de participer à une action de santé publique, se félicite Virginie Chadeyron. Les patients nous sollicitent souvent pour extraire les tiques et désormais nous pouvons également répondre à leurs interrogations, agir en prévention et dispenser des conseils». «Ce dispositif enrichit également notre culture et nos connaissances», complète Béatrice Martin Malterre.
Une rémunération de 12 euros par patient
Depuis le 10 avril 2025, 42 patients ont été inclus dans le protocole, dont 15 pris en charge par les infirmières. 33% d’entre eux avaient un érythème migrant ayant conduit à la prescription d’une antibiothérapie. Aucun patient n’a dû être réorienté vers une consultation médicale et seulement deux délégués ont dû faire appel aux délégants pour une levée de doute.
Dans le cadre de ce protocole, les délégués sont rémunérés 12 euros par patient, et les délégants 4 euros, financés par la CPTS. «Avec un budget de 2 000 euros, notre objectif est de permettre 120 inclusions à l’année», indique Fanny Lannes. Il appartient à chaque ARS de décider de financer – ou non – les protocoles locaux de coopération. «Notre ARS ne s’est pas encore positionnée, poursuit-elle. C’est problématique parce qu’en finançant ces actes, la CPTS devient une effectrice de soins, ce qu’elle ne peut pas être.»
La dernière formation au protocole a été accessible aux professionnels de santé du territoire le 19 mars, l’objectif étant d’élargir l’équipe en sachant qu’il faut un médecin délégant pour dix infirmiers et/ou pharmaciens délégués.
Les grandes lignes du protocole
1. Le patient se fait piquer par une tique.
2. Il contacte l’infirmier ou le pharmacien délégué, formé au protocole local de coopération.
3a. Le professionnel délégué constate la présence d’un érythème migrant, apparu 48 heures après la piqûre et/ou sous 30 jours. Il peut prescrire une antibiothérapie.
3b. Le professionnel délégué ne constate pas la présence d’un érythème migrant. Il prescrit un antiseptique et recommande au patient de surveiller la piqûre pendant un mois. En cas de réaction cutané, il doit le contacter.
4. En cas de doute, l’infirmier délégué peut contacter le médecin déléguant pour obtenir son avis. Il peut également orienter le patient vers une consultation médicale s’il l’estime nécessaire.
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