FEUILLE DE ROUTE 2026-2030

La lutte contre le cancer se focalise sur des parcours personnalisés

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Publié le 06/02/2026

La stratégie décennale contre le cancer se poursuit avec le lancement de la deuxième feuille de route 2026-2030. Après une première phase saluée pour son taux de réalisation, elle se veut plus resserrée sur un nombre limité d'actions en termes de prévention, de soin et de suivi. 

Patiente devant le centre de radiothérapie du pôle oncologie du CHU de Bordeaux

Crédit photo : BURGER / PHANIE

«C’est un moment important parce qu’il marque une nouvelle étape. Il s’inscrit dans une histoire collective de plus de 20 ans, celle de l’engagement constant de la nation dans la lutte contre le cancer.» Ce "moment" auquel Norbert Ifrah, président de l’Institut national du cancer (INCa), fait référence, c’est le lancement officiel de la feuille de route 2026-2030 de la stratégie décennale de lutte contre les cancers, opéré lors des Rencontres de l’INCa, mercredi 4 février, journée mondiale de lutte contre le cancer. L’occasion de faire le point sur les actions accomplies dans le cadre de la première feuille de route (voir encadré), et de cibler les priorités pour les années à venir afin d’atteindre les 3 objectifs fixés dans la stratégie : faire baisser de 60 000 cas par an le nombre de nouveaux cancers évitables d’ici à 2030, viser 1 million de dépistages supplémentaires chaque année, et faire passer de deux tiers à un tiers le taux de patients souffrant de séquelles cinq ans après le diagnostic.

C’est collectivement que nous devons agir en prévention primaire, sur tous les déterminants de la santé auprès des jeunes publics et de leurs parents, mais aussi des futurs parents.

Depuis sa mise en place en 2021, la France est allée «dans le bon sens, mais il ne faut pas lâcher cet effort, il faut le renforcer», a déclaré solennellement le président de la République, Emmanuel Macron, dans une vidéo diffusée en ouverture de la journée. «La feuille de route 2026 marque une étape décisive. Nous accélérons, nous consolidons ce qui fonctionne, nous corrigeons ce qui doit l’être.» Structurer l’existant, resserrer sur des priorités stratégiques afin de gagner en efficacité et en visibilité, et agir auprès de 5 publics cibles clairement identifiés sont en effet les lignes directrices qui vont infléchir les réalisations de cette deuxième phase de la stratégie.

5 priorités et 5 publics ciblés et 1,7 milliard d'euros de budget

107 actions et 31 objectifs sont ainsi prévus, répartis entre 5 grandes priorités : «bâtir une génération prévention, proposer un dépistage pour chacun, construire un parcours de santé augmenté, incarner le service public du cancer, et libérer le potentiel de la recherche et des données», liste l’INCa. Et tout autant de publics cibles prioritaires, soit les jeunes, déjà au cœur de plusieurs avancées introduites durant la première feuille de route, les personnes en situation de handicap et les personnes âgées, les personnes vivant dans les territoires ultramarins, et les populations soumises à des exposomes spécifiques du fait de leur activité professionnelle. Avec un mot d’ordre : un suivi et une prise en charge de plus en plus personnalisée, et qui «ne laisse personne de côté», a plaidé Emmanuel Macron. Un engagement ambitieux, dans un contexte de difficultés croissantes d’accès aux soins, qui se traduisent par des pertes de chances pour les patients. «Les attentes des patients évoluent. Ils ont besoin de soins davantage personnalisés, d’une attention renforcée à leur qualité de vie», a martelé Norbert Ifrah. «C’est le sens de la stratégie nationale : répondre à ces besoins et accompagner ces évolutions.»

L’ensemble de ces actions bénéficiera d’un budget de 1,7 milliard d’euros, a par ailleurs promis le président de la République, soit l’équivalent du financement accordé à la première feuille de route. 

Des programmes pour limiter l'impact des facteurs de risque

Et parce que, «quand elle est structurée, [elle] fonctionne», comme l’a rappelé Stéphanie Rist, ministre de la Santé, au début de la journée, la prévention primaire est un enjeu essentiel, et ce dès le plus jeune âge et dans tous les milieux. «Bâtir une génération prévention est une nécessité», a en effet insisté Valentine Fournier, Déléguée de la Mission interministérielle de lutte contre les drogues et les conduites addictives (MILDECA). «C’est collectivement que nous devons agir en prévention primaire, sur tous les déterminants de la santé, avant de s’intéresser au dépistage et à la vaccination, auprès des jeunes publics et de leurs parents, mais aussi des futurs parents.» La stratégie décennale vise une première génération «sans tabac» d’ici 2032. Les résultats, a-t-elle affirmé, sont bons quand on agit précocement sur ce premier facteur de risque de cancer. Et les chiffres le démontrent : entre 2021 et 2024, le nombre de fumeurs quotidien a diminué de 28%, et la consommation de tabac chez les 15-17 ans a baissé de 10 points. Reste l’angle mort de l’alcool. «Nous parvenons à dénormaliser le tabac, mais pas tellement l’alcool», a déploré le Pr Amine Benyamina, psychiatre-addictologue et président d’Addictions France, qui a souligné que la prévention était en effet un sujet de société. «La prévention primaire concerne tout le monde, pas uniquement les professionnels de santé.» À eux deux, alcool et tabac pèsent pour 260 milliards d’euros de coûts sociaux par an.

Nous avons les outils pour identifier 40 à 50% des populations à très haut risque de développer un cancer dans les 5 ou 10 ans à venir.

Aussi plusieurs initiatives vont-elles être lancées ou renforcées : le programme UNPLUGGED, qui entend développer les compétences psycho-sociales des collégiens afin qu’ils apprennent à mieux se positionner face à l’alcool (via la gestion des émotions, la prise de décisions éclairées) ou bien la démarche MECC (Make every contact count) qui suppose que, dès lors qu’un patient est accueilli à l’hôpital, quelle que soit sa problématique de santé, les soignants puissent en profiter pour faire un point sur ses habitudes de vie et de consommation. «C’est une démarche qui prouve son efficacité et qui implique l’ensemble des professionnels de santé, dont les infirmières», dont le champ de compétence a évolué avec la loi infirmière pour, notamment, incorporer plus de prévention, a avancé Valentine Fournier.

La Ligue contre le cancer, elle, fait le pari des élus locaux, en particulier les maires. Avec «Ma ville se ligue», elle propose une trentaine de mesures à mettre en place – sur l’alimentation, les espaces sans tabac, la prévention solaire, les dispositifs d’aller-vers – dans les communes pour tenter de sensibiliser aux bonnes habitudes de prévention. 13 villes ont déjà été labellisées, et la Ligue entend poursuivre le travail en partenariat avec l’INCa.

Reste enfin à consolider certaines mesures déjà mises en place, telle que la vaccination HPV chez les plus jeunes avec l’objectif d’atteindre une couverture vaccinale de 80% en 2030.

Passer du dépistage standard à un dépistage plus personnalisé

Allant de pair avec l’objectif de prévention primaire, le dépistage doit devenir accessible à tout – et surtout être mieux ciblé, avec une attention renforcée sur les populations éloignées du soin et le développement de démarches d’aller-vers.

Dans quelques semaines, débutera ainsi dans 5 régions (Ile-de-France, Pays de la Loire, Provence-Alpes-Côte d’Azur, Hauts-de-France, Auvergne-Rhône-Alpes) IMPULSION, un programme national de dépistage du cancer du poumon. Ce dernier représente une «cause majeure de mortalité en France et dans monde. C’est la première cause de mortalité par cancer avec 1 décès sur 20, en augmentation massive chez les femmes en raison d’un retard épidémiologique, les femmes ayant commencé à fumer plus tard», a rappelé le Pr Sébastien Couraud, chef du service de pneumologie de l’hôpital Lyon Sud - Hospices Civils de Lyon (HCL). Or c’est également un cancer qu’il est tout à fait possible de prévenir, et le dépistage précoce réduit la mortalité d’environ 20%. Le programme entend recruter 20 000 participants, selon des critères spécifiques : 50 à 74 ans, fumeurs actifs ou qui ont arrêté il y a moins de 15 ans, et avec une consommation supérieure à au moins l’équivalent d’un paquet de cigarettes par jour pendant vingt ans. Il se décline en plusieurs phases, dont la première est un accompagnement au sevrage de ceux qui fument toujours, suivie d’un dépistage des formes précoces par un scanner thoracique à faible dose fait régulièrement (deux scanners à un an d’intervalle, puis un tous les deux ans). Les volontaires pourront contacter une plateforme d’appel (le 34 33) afin de déterminer s’ils sont éligibles au programme et pour être orientés vers professionnel de santé de proximité impliqué dans le programme. Les résultats sont attendus pour 2030. En revanche, le tabagisme passif n’est pas inclus dans Impulsion. «Mais nous allons travailler sur la stratification.»

Le dépistage personnalisé doit être associé à la réduction des risques. Et il doit être développé à l’échelle de la santé publique.

La stratification, justement, doit permettre de mieux cibler les actions de dépistage sur les bonnes personnes. Il s’agit, en résumé, d’un dépistage personnalisé en fonction de l’évaluation des risques individuels. MyPebs, une étude coordonnée par Unicancer et réalisée dans 5 pays dont la France, a ainsi été lancé en 2019 afin de comparer les bénéfices d’un tel dépistage par rapport à un dépistage standard pour le cancer du sein. De son côté, Gustave Roussy a lancé Interception, son propre programme de dépistage, ciblant les personnes à «risque augmenté». Le but étant de leur proposer ensuite un parcours adapté de prévention et de réduction des risques. Le programme mobilise les professionnels de ville, médecins mais aussi infirmiers et pharmaciens, chargés d’identifier les situations à risque via une analyse de l’exposome des patients (social, culturel, infectieux, médical, environnemental). « Nous avons les outils pour identifier 40 à 50% des populations à très haut risque de développer un cancer dans les 5 ou 10 ans à venir », a affirmé Suzette Delaloge, la directrice du programme. Et d’ajouter : «Le dépistage personnalisé doit être associé à la réduction des risques. Et il doit être développé à l’échelle de la santé publique. Il ne peut pas être seulement accessible aux plus riches et aux mieux informés.»

Mieux informer l'ensemble des populations

Favoriser un accès équitable à une information fiable et à des soins adaptés est d’ailleurs au cœur de l’une des autres priorités de la stratégie, soit «incarner le service public du cancer». La feuille de route prévoit ainsi la création d’un guichet unique numérique offrant une information de référence fondées sur les connaissances scientifiques. La lutte contre la désinformation en santé, au cœur des préoccupations du gouvernement, passera, elle, par la mise en place de dispositifs de veille et de coordination entre les acteurs institutionnels et associatifs. Autre outil, qui était particulièrement attendu, pour soutenir la recherche et l’élaboration des politiques publiques par le recueil et la structuration des données épidémiologiques : le registre national des cancers, lancé en décembre 2025. Il doit permettre de «mieux connaître le cancer pour mieux le combattre».

Améliorer les parcours de santé et renforcer la recherche

Demeurent les deux autres priorités de la feuille de route 2026-2030 : «Construire un parcours de santé augmenté» et «Libérer le potentiel de la recherche et des données». Dans le premier cas, l’ambition est d’accélérer l’accès au diagnostic et l’entrée en soins, de porter une attention soutenue aux cancers de mauvais pronostics, notamment via le développement de réseaux d’excellence cliniques dédiés à l’amélioration de la coordination et de la qualité des prises en charge, et de limiter les séquelles en rendant plus lisible l’offre de soins de support, entre autres. «La transformation des parcours reste une priorité, notamment à travers le virage domiciliaire», a insisté Stéphanie Rist, appuyant sur le fait que la généralisation des parcours oncologiques repose aussi sur le décloisonnement entre la ville et l’hôpital.

Bilan de la feuille de route 2021-2025
La première feuille de route de la stratégie décennale de lutte contre le cancer identifiait 4 axes : améliorer la prévention, limiter les séquelles et améliorer la qualité de vie, lutter contre les cancers de mauvais pronostic, et s’assurer que les progrès bénéficient à tous. Et celle-ci présente «un niveau d’avancement global très satisfaisant», salue l’Institut national du cancer.

  • Près de 90% de l’ensemble des actions ont été engagées, soit 212 sur les 237 prévues, et 71 d’entre elles sont déjà terminées (soit 30%): labellisation des réseaux de recherche en prévention primaire, renouvellement du programme national de lutte contre le tabac, ou encore expérimentation d’un accès direct à des médicaments innovants pris en charge par l’Assurance maladie.
  • Autres avancées sur le champ de la prévention : la hausse du taux de vaccination contre le HPV, grâce à la campagne organisée tous les ans depuis 2023 dans les collèges - en 2024, 48% des filles et 24,5% des garçons bénéficiaient d’un schéma complet de vaccination – ou la hausse du taux de dépistage du cancer du col de l’utérus (60,9% en 2024).
  • Un panier de soins de support a été validé au niveau national et propose 9 soins considérés comme indispensables : prise en charge de la douleur, prise en charge psychologique, activité physique, préservation de la fertilité, soutien psychologique des proches et des aidants…
  • Dans la lutte contre les cancers de mauvais pronostic, l’INCa se réjouit d’une augmentation de 22% du nombre de patients inclus dans les essais cliniques, passé de 57 644 en 2021 à 70 530 en 2024. Depuis 2022, 4 réseaux d’excellence ont été labellisés pour les cancers de mauvais pronostic gynécologiques et mammaires, neurologiques, thoraciques et digestifs.
  • 7 projets en santé des populations, sciences humaines et sociales, et santé publique ont été financés à hauteur de 2,5 millions d’euros pour améliorer les connaissances dans des domaines encore peu explorés, comme la prévention en prison ou en milieu précaire, afin de réduire les inégalités.

Enfin, côté recherche, ce «levier de la guérison», la feuille de route embarque une ouverture et une accessibilité simplifiées aux essais cliniques ainsi qu’une participation plus importante des patients à la fois dans l’élaboration des projets de recherche et dans l’amélioration de l’information et du consentement. Elle compte également garantir le recours aux innovations diagnostiques et thérapeutiques et à structurer l’utilisation de l’intelligence artificielle en cancérologie. Enfin, un investissement conséquent est attendu dans la recherche sur les cancers pédiatriques. Entre 2021 et 2024, plus de 80 millions d’euros avaient ainsi été alloués à des projets de recherche sur les cancers pédiatriques dans le cadre de la stratégie décennale.

Accéder à la présentation de la feuille de route 2026-2030


Source : infirmiers.com