Alors que le second tour des municipales aura lieu dimanche 22 mars et que se profile l’élection présidentielle de 2027, «chacun devrait regarder ces résultats. Ils sont clairs et préoccupants. Il y a un véritable sentiment d’urgence face aux délais d’attente pour obtenir un rendez-vous et au renoncement aux soins, qui progresse.» Ainsi Zaynab Riet, déléguée générale de la Fédération hospitalière de France (FHF), a-t-elle ouvert la conférence de presse du mardi 17 mars, notamment dédiée à la présentation de son baromètre sur l’accès aux soins (voir encadré), réalisé en partenariat avec l’institut Ipsos. Et les difficultés pour voir un professionnel de santé se sont accentuées en 2025, en conclut-elle.
Face à des délais d'attente qui s'allongent, un renoncement aux soins qui progresse
Un premier chiffre, déjà : 73% des Français indiquent avoir renoncé à au moins un acte de soin dans les 5 dernières années ; ils étaient 63% en 2024. Avec trois principales à cela.
La première, ce sont bien sûr les délais d’attente, qui s’allongent, pour obtenir un rendez-vous, et ce quel que soit le champ du soin concerné – elle est avancée par 59% des répondants. Selon les participants (les réponses sont fondées sur leur ressenti), il fallait en 2025 attendre en moyenne 12 jours pour voir un médecin généraliste – c’est 8 de plus qu’en 2019 et deux de plus qu’estimé en mars 2024. Et ce n’est rien comparé aux délais pour consulter un cardiologue, de 3 mois et 2 jours (1 mois et 3 semaines), ou un dermatologue, la profession qui enregistre les temps d’attente les plus longs, avec 4 mois et 2 semaines (contre 2 mois et 2 jours en 2019). Chez les pédiatres et les gynécologues, la situation n’est guère plus brillante, entre 3 semaines et 2 jours et 2 mois, respectivement. Quant aux psychiatres, les délais sont évalués à 2 mois. Il n’y a que les ophtalmologues qui présentent une légère amélioration : de 3 mois et 1 semaine en 2019, l’attente est passée à 2 mois et 3 semaines. «Ces professionnels peuvent s’appuyer sur les orthoptistes, qui prennent en charge certains examens. Et les contrôles visuels peuvent être effectués par des opticiens», a avancé Adélaïde Zulfikarpasic, la directrice générale du pôle Société de l’institut Ipsos. «Le nombre d’ophtalmologues en exercice est également au plus haut depuis 10 ans.»
Des disparités fortes en fonction des territoires
La seconde raison est liée à des conditions de budget (40%), en corrélation avec celles d’accessibilité (38%). «Prendre sa voiture et faire 40km pour réaliser un examen, c’est du carburant dépensé. C’est compliqué pour les ménages les plus modestes.» Par ailleurs, tous les territoires ne sont pas égaux. Si l’ensemble des régions est touché par la problématique d’accès aux soins, certaines souffrent plus que d’autres : Centre-Val de Loire, Pays de la Loire, Grand Est, et Bourgogne-Franche-Comité, notamment. Mais les disparités s’observent surtout en fonction de la nature du territoire. Et, sans surprise, les territoires ruraux pâtissent beaucoup plus de ces difficultés d’accès aux soins que les métropoles ou les grandes villes. Un constat que la FHF rappelait déjà en janvier : communes rurales et agglomérations de moins de 20 000 habitants sont bien plus exposées à cette problématique, identifiée de fait comme l’un des critères de vote dans le cadre des municipales.
Conséquence : un recours aux urgences qui se systématise
À ce renoncement aux soins, s’ajoute une autre conséquence de ces difficultés d’accès aux soins. Près d’un Français sur 2 (49%) déclare s’être rendu aux urgences pour une raison qui ne relevait pas d’une urgence médicale, avec une fréquence plus élevée chez les moins de 35 ans (57%) que chez les 60 ans et plus (41%). Beaucoup le font car ils ne savent pas à qui s’adresser mais aussi parce que certaines problématiques de santé, bien que non urgentes, ne s’accordent pas avec des délais d’attente de plusieurs mois, a expliqué Adélaïde Zulfikarpasic. «Il y en a aussi 27% qui vont aux urgences car ils savent qu’ils pourront faire tous leurs examens, et 14% qui déclarent avoir l’habitude de le faire dès qu’ils sont malades. Il y a un vrai travail pédagogique à faire.»
C’était l’un des engagements de l’organisation à la sortie de la crise sanitaire : mesurer, chaque année, la progression des difficultés d’accès aux soins sur le territoire français. «Ceux qui ont payé le plus lourd tribut» lors de cette période, «ce sont les personnes les plus vulnérables […] et celles avec des maladies chroniques», a rappelé Zaynab Riet. «Nous aurions pu éviter les conséquences du Covid pour ces personnes.» Aussi la FHF a-t-elle pris la décision d’interroger l’accès aux soins de premiers recours et à l’hôpital, où les délais s’allongent également.
Pour l’édition de cette année, l’institut Ipsos a consulté 2 500 personnes âgées de 18 ans et plus via un questionnaire diffusé du 18 au 24 février 2026. Les données concernant l’Outre-mer étant parcellaires, elles ont été écartées des résultats finaux. Le baromètre de 2027 sera toutefois entièrement consacré aux territoires ultramarins, où la problématique de l’accès aux soins est particulièrement prégnante.
Remettre la santé au cœur des préoccupations politiques
Face à ces ressentis, «nous sommes au-delà de l’inquiétude», commente-t-elle. «90% des Français déclarent être en colère face aux manques de moyens de l’hôpital public et aux conditions de travail des soignants.» 85% se disent «révoltés» par les inégalités d’accès aux soins. Et 73% craignent ne pas pouvoir bénéficier de soins de qualité en cas de besoin urgent. «89% pensent que, sans un rapide investissement financier, nous courons à la catastrophe.» Car leur réflexe n’est pas de faire porter la responsabilité de ces difficultés d’accès aux soins aux professionnels de santé eux-mêmes. C’est plutôt tout le contraire. L’écrasante majorité des Français (95%), en particulier les 60 ans et plus (71%), témoigne de sa reconnaissance aux soignants qui tentent de maintenir la qualité des soins.
Le recul de l’accès aux soins est l’un des principaux marqueurs des fractures territoriales.
Ce baromètre prouve, si besoin était, que «les difficultés d’accès aux soins deviennent une réalité très concrète» du quotidien d’une majorité de Français, a observé Zaynab Riet. Dans ces conditions, «ils sont nombreux à se tourner vers les urgences hospitalières. L’hôpital public est le dernier rempart du système de santé. Nous tenons bon, mais nous ne sommes pas infaillibles.» La question de l’accès aux soins devient un enjeu critique, d’autant plus dans un contexte où les démocraties sont menacées de toute part. La santé, a-t-elle rappelé, en est en effet l’un des piliers. «Le recul de l’accès aux soins est l’un des principaux marqueurs des fractures territoriales», a-t-elle ajouté, précisant que les solutions devront être pensées et construites au plus près des besoins du territoire.
Un discours que la FHF entend continuer à porter avec force, d’autant plus que les enjeux politiques sont immenses. Il y a d’une part les arbitrages budgétaires. La FHF évalue ainsi à 2,7 milliards d’euros le déficit des hôpitaux, du fait du manque de financements publics. Et d’autre part, au cœur des préoccupations au moment de la crise Covid, qui avait contribué à mettre crûment en lumière ses failles, le système de santé avait été délaissé par les candidats à la présidentielle de 2022, supplanté par des sujets sécuritaires notamment préemptés par le candidat d’extrême-droite, Éric Zemmour. «Il y a un réel enjeu à faire prendre conscience aux pouvoirs publics que la santé est l’une des premières préoccupations» des Français, a conclu Adélaïde Zulfikarpasic.
EN VIDÉO
Alzheimer : immersion dans un Ehpad spécialisé qui met l'accent sur une prise en charge psycho-sociale
AGENDA
Les Journées Nationales des Infirmières en Pratique Avancée vous donnent rendez-vous
ÉDUCATION / SANTÉ
Un Master pour les infirmières scolaires : le nouveau diplôme au cœur des attentions
ENVIRONNEMENT
Dernière ligne droite pour la "Grande Consultation Santé" du Shift Project