ADDICTION

La consommation de cocaïne en hausse et des politiques publiques qui font défaut

Publié le 23/01/2026

La consommation de cocaïne s'est largement diversifiée en France, où elle devient une problématique sanitaire majeure, selon un rapport de l'Inserm. Il pointe une réponse publique insuffisante, qui privilégie la criminalisation des usagers à la prévention et à la réduction des risques.

Ligne de cocaïne

Crédit photo : VOISIN/PHANIE

C’est une nouvelle alerte qui, cette fois, vient de l’Inserm. La consommation de cocaïne en population générale augmente fortement à la fois dans le monde et en France. De 1,8% en 2000, la part qui a expérimenté cette substance au moins une fois dans sa vie est passée à 9,4% en 2023, démontre-t-il ainsi dans une expertise collective, demandée par le gouvernement. La tranche d’âge des 25-34 ans est la plus touchée, avec 5,4% d’usagers récents. Pour 61% des usagers, cette consommation de cocaïne s’associe également à celles d’alcool et d’autres opioïdes. Au sein de l’Europe, devenu un marché «comparable» à celui des États-Unis, la France occupe la sixième place, avec l’Espagne, en matière d’usage dans la population des 15-34 ans. Un constat qui fait écho à celui que dressait l’Observatoire français des drogues et tendances addictives (OFDT) en janvier 2025, qui évaluait à 1,1 million le nombre de consommateurs de cocaïne en France.

Et chez les jeunes, si l’expérimentation de la cocaïne a diminué ces dernières années, passant de 2,8 % en 2017 à 1,4 % en 2022 à 17 ans selon une étude de l’OFDT publiée en février 2024, «cette consommation reste inégalement répartie selon le statut scolaire, avec 4,4 % des jeunes non scolarisés ayant déjà expérimenté la cocaïne, contre seulement 0,9 % en lycée général.» Les garçons sont également plus touchés que les filles. Plus largement, «si le cannabis reste la substance la plus consommée dans le monde, la cocaïne effectue une percée avec une estimation à 22 millions de personnes qui consomment en 2021, ce qui s’explique notamment par la baisse des prix et l’augmentation de la pureté de la cocaïne», relève l’Inserm.

Autre enseignement de l’étude : l’usage de la cocaïne, auparavant concentré dans les populations précaires du fait de son faible coût, touche désormais des publics intégrés. Recherche de performance, gestion du stress, ou usage récréatif..., les motivations à la consommation sont en effet multiples. «La présence chez la personne consommatrice de troubles psychiatriques (stress post-traumatique, trouble de l’humeur, trouble déficitaire de l’attention avec ou sans hyperactivité/TDAH…) est quant à elle associée à l’augmentation du risque de troubles de l’usage», ajoutent les conclusions de l’étude.

Une consommation associée à de graves impacts sur la santé des usagers

Parallèlement, les demandes de prises en soins pour consommation de cocaïne ont doublé entre 2015 et 2019, avec des délais d’attente estimés de 3 à 6 mois. En 2021, 11 % des patients suivis dans les Centre de soins, d’accompagnement et de prévention en addictologie (CSAPA) consommaient de la cocaïne, souvent en polyconsommation, note l’Inserm. La consommation de cette substance peut avoir de graves conséquences sur la santé, dont les risques augmentent avec le nombre et la régularité des prises : troubles cardiovasculaires, lésions ORL liées à la consommation en sniff, altérations des fonctions cognitives (troubles de l’attention, de la mémoire, de l’apprentissage et de la psychomotricité, impulsivité, dépendance…) voire développement ou aggravation de troubles psychiatriques, dommages rénaux… La consommation par injection comporte des risques de contamination de maladies infectieuses (hépatite C, VIH, syphilis, papillomavirus…). S’y ajoutent des conséquences sociales qui fragilisent les consommateurs : stigmatisation, violences sexuelles, difficultés augmentées d’accès aux soins…

Mieux cibler les politiques de prévention et de réduction des risques

En face, il n’existe pas encore de traitement pharmacologique pour traiter la dépendance à la cocaïne. Aussi l’Inserm insiste-t-il sur la nécessité de renforcer les politiques de prévention et de réduction des risques et des dommages. Il encourage à déployer des campagnes ciblées de prévention par les pairs mais aussi de généraliser les «Haltes soins addictions», qui «permettent aux usagers de pouvoir consommer dans de bonnes conditions d’hygiène et de sécurité, avec un accès facilité à du matériel d’injection stérile à usage unique, sous la supervision d’un personnel formé». Un rapport de l’Inspection générale des affaires sociales (IGAS), paru début janvier, appelait déjà à pérenniser les salles de shoot, actuellement en expérimentation dans deux régions, et soulignait leur plus-value sanitaire. Et pour lutter contre la stigmatisation des usagers, l’Inserm souligne l’importance «d’aller à [leur] rencontre», «mais aussi de mettre en place de nouveaux lieux d’accueil et de consommation dédiés – par exemple en non-mixité (en particulier pour les mineurs, les femmes et les minorités de genre) – pour réduire la stigmatisation, offrir un accueil plus approprié et renforcer l’accès aux soins.» Enfin, côté pénal, il faut recentrer la répression sur les trafiquants «de haut niveau», tels que les importateurs de substances, plutôt que de criminaliser les personnes présentant des troubles de la consommation, achève l’expertise.

Méthodologie de l'expertise collective
L’expertise collective a été commandé par la Mission interministérielle de lutte contre les drogues et les conduites addictives (Mildeca) et le ministère de la Santé. Elle s’appuie sur l’analyse de la littérature scientifique internationale, soit 2 600 références, mené par un groupe pluridisciplinaire d’experts couvrant les domaines de l’épidémiologie, de la sociologie, de l’économie, de l’addictologie, de la prévention, de la réduction des risques et des dommages, et des trafics.

Accéder aux résultats de l'expertise collective

La Rédaction d'Infirmiers.com

Source : infirmiers.com