NÉONATALOGIE

Comment l’architecture d’un service influence la présence familiale auprès des nourrissons

Publié le 20/04/2026

Infirmière puéricultrice en néonatalogie au centre hospitalier Bretagne Atlantique (Vannes), Marie Defontaine a réalisé une étude démontrant l’influence de l’architecture d’un service sur la présence des parents auprès de leur nouveau-né. 

Equipe soignante en néonatologie avec mère et nourrisson

Crédit photo : BURGER / PHANIE

Le service de néonatalogie du Centre hospitalier Bretagne Atlantique (CHBA) comptabilise 300 séjours par an de nouveau-nés en réanimation, soins intensifs et soins courants.«L’hôpital a le projet de construire un pôle mère-enfant à court ou moyen terme, mais en attendant, la direction a décidé d’agrandir et de restructurer le service de néonatalogie, dont l’architecture ne correspondait plus à la prise en charge et à l’accompagnement que nous offrons aux bébés et à leur famille», explique Marie Defontaine. 

Objectifs :  favoriser la présence parentale et l’échange peau à peau

L’infirmière puéricultrice a eu l’idée de profiter de ces travaux pour initier son étude sur le Renforcement de la présence familiale au sein du service de soins de néonatalogie dans un nouveau cadre environnemental (RENAISSANCE)*. Pour mener cette étude, elle s’est appuyée sur le centre de recherche clinique de l’hôpital, et s’est fait accompagner par l’infirmier de recherche clinique Sébastien Bigot, notamment pour le recueil de données, l’élaboration des outils ou encore l’utilisation du logiciel d’analyse. Cette étude observationnelle monocentrique, approuvée par le comité d’éthique du CHBA, a eu pour objectif principal de démontrer l’hypothèse selon laquelle la restructuration du service de néonatalogie améliorerait la présence parentale, et pour objectif secondaire, qu’elle permettrait une augmentation du temps de peau à peau et une plus grande occupation de la chambre parentale. 

Une étude en trois phases

L’étude a été menée en trois phases. La première, qui s’est tenue courant 2023, a permis d’étudier la présence familiale dans les anciens locaux du service, organisés, pour la réanimation, autour d’une pièce avec cinq postes (couveuses ou berceaux), pour les soins intensifs de deux salles avec cinq postes, et pour les soins courant de deux pièces avec quatre postes. Le service était également doté d’une chambre parent-accompagnant avec une salle de bain, et d’une pièce dédiée à l’allaitement.   

La deuxième phase de l’étude s’est déroulée de mars 2024 à décembre 2024, lorsque le service a rejoint, pendant la durée des travaux, une unité saisonnière adulte réaménagée. «Durant cette phase, les parents ont commencé à bénéficier de chambres doubles et l’activité permettait souvent un accès à des chambres seules en soins courants», fait savoir l’infirmière puéricultrice.

Enfin, la phase 3 correspond à l’intégration du service dans ses nouveaux locaux fin 2024. Ils sont désormais organisés, pour la réanimation autour de trois pièces dotées de deux postes, pour les soins intensifs, d’une pièce avec trois postes, de trois salles avec deux postes et d’une avec un poste. Enfin, pour les soins courants, deux salles sont équipées de trois postes, et une salle de deux postes. «Le service est également équipé de deux chambres parentales», précise Marie Defontaine. À chaque étape, entre 35 et 39 bébés ont été inclus. 

Marie Defontaine
Marie Defontaine, infirmière puéricultrice au CH Bretagne-Atlantique, auteur de l'étude RENAISSANCE (Crédit: Laure Martin)

La récolte des données

Dans les 48 heures qui suivaient l’hospitalisation des nourrissons, «les parents ont reçu un carnet de présence familiale pour y noter les heures d’arrivée et de départ de la maman et du coparent, les temps dédiés au peau à peau pour chacun d’eux, la présence de la fratrie et l’occupation du salon parental», détaille Marie Defontaine. Les données ont été complétées par celles recueillies et intégrées par les professionnels de santé du service dans leur logiciel.
Toute l’équipe de néonatalogie s’est impliquée dans le projet, en présentant l’étude aux parents et en leur remettant le livret. Cependant, l’étude n’a pas modifié les pratiques soignantes car «cela fait longtemps que nous sommes dans cet accompagnement renforcé des parents», rappelle-t-elle. Cette posture se traduit par l’implantation des soins de développement dans le service ou encore la mise en place du programme d’intervention précoce NIDCAP pour une présence parentale remise au centre des soins.

L’approche NICAP

Le NIDCAP®, Programme néonatal individualisé d’évaluation et de soins de développement, est un programme de soins de développement centré sur l’enfant et sa famille.
Créé en 1984, il vise à soutenir le développement cérébral des enfants nés prématurément ou vulnérables, lors de leur hospitalisation, en limitant le stress lié à leur environnement et aux soins, tout en redonnant aux parents une place prépondérante à leurs côtés. Ainsi, chaque enfant reçoit des soins individualisés selon ses besoins spécifiques, dans une optique centrée sur la famille.

Le temps de présence maternelle a considérablement augmenté entre l’ancien service, le service intermédiaire et le nouveau service, passant de 3h30 à 5 heures puis à 7 heures, tandis que le temps de présence du co-parent est passé de 2h15 à 6 heures. 

Des résultats significatifs

L’analyse des résultats a révélé que le temps de présence maternelle a considérablement augmenté entre l’ancien service, le service intermédiaire et le nouveau service, passant de 3h30 à 5 heures puis à 7 heures, tandis que le temps de présence du co-parent est passé de 2h15 à 6 heures. 
Pour le peau à peau, le temps dédié est passé de 1h25 à 2h30 puis à 1h45.
Par ailleurs, le nombre de nuits est passé de 1,54 en moyenne sur la durée d’hospitalisation dans le service, à 3,91 puis à 3,59 en phase 3. 
Si l’étude à ces limites car elle est monocentrique, observationnelle et la cohorte incluse reste faible,  «pour autant, les résultats vont dans le sens de la littérature», relève Marie Defontaine, précisant qu’une étude hollandaise datant de 2025 et affichant la même méthodologie appliquée sur une cohorte plus importante, aboutit aux mêmes résultats. 

Vers le «zéro séparation» entre les parents et les nouveau-nés

« Les données concernant le peau à peau nous ont beaucoup questionnés en raison de la diminution du temps entre la phase 2 et la phase 3, reconnaît Marie Defontaine. Mais il est vrai que dans le service temporaire, les parents avaient davantage accès à des chambre simples, que dans notre nouveau service dans lequel, pour les soins courants, il y a toujours plusieurs postes par pièce. Ce résultat nous conforte dans notre hypothèse que l’architecture joue beaucoup sur la présence familiale.»

En réponse à ces données, l’équipe a constitué un groupe de réflexion pour identifier des solutions afin d’augmenter ce temps de peau à peau «qui semble faible», souligne-t-elle. Cette étude va également servir de base de réflexion à l’équipe pour la conception architecturale du nouveau pôle mère-enfant, à laquelle elle devrait être associée, afin de tendre vers le «zéro séparation» entre les parents et les nouveau-nés en cas d’hospitalisation en néonatalogie. 

* Étude présentée le 31 mars, lors de la Journée d’étude paramédicale en néonatalogie (JEPN), organisée par les hôpitaux Confluence (Val-de-Marne)

Laure Martin

Source : infirmiers.com