Les effectifs des étudiants infirmiers anesthésistes (IADE) demeurent stables d’une année sur l’autre, mais, malgré tout, une inquiétude pointe chez les représentants de la profession. L’enquête menée par le Comité d’entente des écoles IADE (CEEIADE) en novembre 2025 auprès de ses 29 écoles adhérentes (dont 27 qui ont répondu) met déjà un chiffre rassurant en exergue. Celui du taux de remplissage des places de formation, estimé à 88,7%. En tout, sur les 755 places agréées pour la promotion 2025-2027, 670 ont été attribuées aux étudiants. «Les effectifs en formation restent stables ; ils sont même en légère hausse par rapport à l’année précédente», confirme Ghislaine Rouby, l’ex-présidente du CEEIADE – elle a depuis laissé sa place à Elisabeth Chapalain en février 2026. À titre de comparaison, l’enquête du Comité sur la promotion 2024-2026 recensait en effet 676 étudiants, mais pour 768 places, soit un taux de remplissage de 88%.
Une légère baisse des candidats à la formation
À l’inverse, le nombre de candidats diminue, lui, quelque peu, passant de 2009 étudiants en 2024 à 1 965 en 2025. Quant aux résultats des concours, «sur les 1128 candidats admissibles, 53% sont reçus sur liste principale, 26% sur liste complémentaire, 17% échouent et 4% ne se présentent pas aux épreuves orales», détaille le CEEIADE.
S’y ajoutent deux étudiants étrangers et 5 étudiants qui soit possédaient un diplôme de sage-femme, soit avaient validé la troisième année du deuxième cycle des études médicales, soit étaient titulaires d’un diplôme infirmier et d’un diplôme reconnu au grade master. Parmi ces derniers, 3 avaient obtenu le concours en 2024 et avaient finalement bénéficier d’un report d’entrée en formation.
«Nous avons en réalité observé un regain de la formation avec la période Covid. À l'époque, les professionnels ont certainement éprouvé l’envie de changer un peu de métier, d’évoluer dans leur carrière», commente Ghislaine Rouby. «Là, nous revenons plutôt à des chiffres pré-Covid.» La formation IADE maintient donc son attractivité. Une attractivité que la reconnaissance en pratique avancée de la spécialité, enfin entérinée par décret fin décembre 2025 dans le cadre de la réforme de la formation infirmière, pourrait stimuler.
Reports et abandons restent stables
Pour autant, d’autres chiffres provoquent un début d’alerte chez les représentants de la spécialité : ceux des reports de formation, de désistements, voire d’abandons. Il y a d’abord ces 53% de candidats qui sont directement admis. C’est trop peu, juge le Syndicat national des infirmiers anesthésistes (SNIA) dans un communiqué. Le problème, selon Christophe Paysant, son président, viendrait en premier lieu d’une formation socle qui ne préparerait plus aussi bien au niveau d’exigence du cursus. «Les écoles présentent un niveau élevé d’exigence en termes de connaissances pures et de raisonnement clinique», établit-il. «Quand les collègues arrivent pour passer le concours, ils se heurtent à un mur de difficulté, même en s’y étant bien préparés.» La réingénierie de la formation, qui introduit des notions telles que la consultation et la prescription infirmières, devrait toutefois entraîner une hausse du niveau global du métier socle.
Mais il y a un autre phénomène. Celui donc des reports de formation et des désistements. En ce qui concerne ces derniers, le CEEIADE en recense 105, dont 58% qui sont en réalité dus à une rentrée finalement effectuée dans une autre école. Parallèlement, 167 étudiants ont demandé à reporter leur rentrée à l’année suivante, un chiffre qui demeure stable par rapport à l’année précédente, où il était de 178. Les prétextes, note le Comité, sont assez divers : congé maternité ou adoption (3), garde d'enfant de moins de 4 ans (1), maladie ou accident (1), refus de demande de congé formation (5)… Quant aux 158 restants – soit 94% d’entre eux –, ils trouvent leur origine dans «le refus de prise en charge par la formation professionnelle ou promotion sociale».
Une restriction inquiétante des modes de financement
Car c’est là que le bât blesse le plus. Les sources de financement, toutes provenances comprises, se restreignent. «Toutes les formes de financement – y compris la prise en charge par l’employeur – montrent une tendance à la diminution, renforçant l’auto-financement ou la précarité financière des étudiants», souligne ainsi le SNIA. Il existe en effet une prise en charge financière «multimodale», entre le financement de la promotion professionnelle par l’Association nationale pour la formation permanente du personnel hospitalier (ANFH)*, qui intervient pour 61% des étudiants, les autres formes de financement intégral (tels qu’OPCO, France Travail, allocations par les régions…), les moyens de financement partiels (CPF, financement par l’employeur d’une année de formation sur les deux), et autofinancement.
Une hétérogénéité de gestion par les régions
Du côté des régions, c’est l’hétérogénéité qui prime. La faute à des besoins qui varient eux-mêmes d’un territoire à un autre. «La formation est aux mains des régions», rappelle en effet Ghislaine Rouby. «C’est donc en lien avec les problématiques que rencontre chacune. Et on voit que certaines financent à 100%, d’autres à moitié voire pas du tout, certaines délivrent des bourses. Des choix peuvent être faits par métier également : certaines privilégient des formations d’infirmiers ou d’aides-soignants parce qu’elles en ont besoin.»
Le Ségur a engagé une revalorisation des bas salaires – le métier socle, les aides-soignants, ce qui était nécessaire – mais il a négligé les plus hauts niveaux.
Les employeurs font également de plus en plus défaut. Pour pouvoir prétendre à la formation d’IADE, les infirmiers doivent cumuler a minima deux ans d’expérience. Ils sont donc, très souvent, en exercice au moment de débuter leur cursus. «Il y a une exigence d’expérience professionnelle, il faut avoir un peu roulé sa bosse avant de devenir IADE», intervient Christophe Paysant. «Or les établissements refusent de financer les formations.» Une problématique qui est loin d’être circonscrite aux IADE : les infirmiers de bloc opératoire font le même constat, avec des écoles IBODE qui ont parfois du mal à faire le plein, notamment en raison de l’assèchement des financements des formations.
Conséquence : beaucoup de professionnels font le choix de s’autofinancer, quitte parfois à s’endetter. Car la formation coûte cher : «Les frais de scolarité oscillent entre 6 000 et 12 500 euros par année de formation. 16 écoles proposent des tarifs différents selon les modalités de prise en charge des frais : sans prise en charge les frais oscillent de 3 500 à 10 500 euros», calcule le CEEIADE. Mais là encore, le sacrifice au vu de l’évolution salariale une fois devenu IADE, vaut de moins en moins la chandelle. «Le Ségur nous a paradoxalement fait beaucoup de mal», analyse l’infirmier. «Il a engagé une revalorisation des bas salaires – le métier socle, les aides-soignants, ce qui était nécessaire – mais il a négligé les plus hauts niveaux. Finalement, un infirmier qui fait un peu plus de gardes peut gagner autant qu’un IADE. Et nos jeunes collègues prennent évidemment cela en compte.»
Face à un vieillissement programmé, des besoins à anticiper
Or ce manque de financement des formations, s’il se pérennise, ne sera pas sans conséquence : une hémorragie des professionnels qualifiés, entre des jeunes générations moins encouragées à se spécialiser et des IADE en exercice qui partent à la retraite et ne seront donc pas complètement remplacés. «Il faut qu’on anticipe le sujet de la pyramide des âges - on parle de 10 à 15 ans dans l’avenir», prévient Christophe Paysant. «On estime aujourd’hui à 38-39 ans l’âge moyen des IADE. Mais on sait qu’il va y avoir un décrochage.» «Le sujet de la pyramide des âges est complexe à analyser», rebondit Ghislaine Rouby, «car nous avons très peu de visibilité sur les futurs départs à la retraite.» Avec le risque en bout de course que l’État décide d’une déréglementation de la profession pour pallier la pénurie d’IADE formés, comme il a pu le faire avec les IBODE et les mesures transitoires.
Il faut rappeler que les IADE sont des professionnels nécessaires dans le système de santé.
Ce qu’il faut, c’est «développer une vraie stratégie sur plusieurs années», soutient Christophe Paysant. Mais dans un contexte de restrictions budgétaires qui touchent tous les domaines de l’État, à commencer par la santé, difficile d’être optimiste. «Quand on rencontre les directeurs d’établissement, on voit bien qu’ils ont déjà du mal à se projeter sur 6 mois. Les plans de formation sont annualisés mais on voit que c’est très compliqué.» Dans son communiqué, le SNIA milite pour une prise en charge obligatoire par les employeurs ou les dispositifs publics de la formation IADE, de grade master, et pour la sécurisation financière de tous les candidats admis afin d’y garantir l’égalité d’accès. Il se positionne également pour le maintien du concours à l’entrée de la formation pour sauvegarder le niveau d’exigence et assurer la présence de professionnels très qualifiés dans les hôpitaux. «Ce haut niveau de compétence clinique et de sécurité doit être maintenu, parce que sinon ce sont des risques que les patients décèdent», martèle son président.
L'espoir d'un effet positif de la reconnaissance des IADE en pratique avancée
Ghislaine Rouby, elle, veut croire dans les effets positifs de la reconnaissance des IADE en pratique avancée. «J’espère que cela constituera un vrai facteur d’attractivité, même si cela dépendra beaucoup des besoins des établissements de santé.» Peut-être les effectifs d’étudiants augmenteront-ils si la pratique avancée est réellement reconnue et valorisée et si elle contribue à l’évolution de carrière d’IADE, avance-t-elle. Il en va de toute façon de la sécurité des soins. «Il faut rappeler que les IADE sont des professionnels nécessaires dans le système de santé.»
*L’ANFH est un organisme collecteur de fonds pour la formation des agents de la fonction publique hospitalière, qui contribue à financer les plans de formation, les congés de formation professionnelle (CPF), de Validation des acquis de l’expérience (VAE) et de Bilan de compétences (BC), les études promotionnelles ou encore le développement professionnel continu médical (DPCM) au sein du secteur.
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