BONNES PRATIQUES

Sondage urinaire: quelles indications et comment éviter les complications?

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Publié le 21/01/2026

Le sondage urinaire est-il toujours raisonnable et réalisable? Rappel sur les indications/contre-indications d’un acte trop souvent banalisé dans la pratique, et sur les risques et complications qui y sont associés*.

chambre d'hôpital, soignante, patient, lit

Crédit photo : BURGER / PHANIE

« Souvent, les sondes urinaires sont posées et on ne réévalue pas leur utilité. Or il faudrait s’interroger sur la pertinence de leur maintien tous les jours », observent de concert Christelle Belnoue, Maureen Thierry et Vanessa Moulié, infirmières, et le Dr Yacine Lamarche-Vadel, en poste en soins critiques au sein du CH du Sud Seine-et-Marne,. Car qui dit sondage urinaire dit aussi complications potentielles, telles la colonisation avec le risque d’infection urinaire associée aux soins, le traumatisme urétral et l’inconfort. 
Pour réévaluer au quotidien la pertinence du sondage à demeure (SAD), il importe au préalable d’en maîtriser les principales indications et contre-indications, sachant que les indications injustifiées de pose de sonde peuvent atteindre jusqu’à 30%

La sonde à demeure/sonde de Foley à simple courant

Indications :

Cette sonde est maintenue en place dans la vessie par un ballonnet, doit être ainsi limitée à seulement quelques situations, en l’occurrence en cas de :
-    rétention aigüe d’urines (RAU). Pour rappel le diagnostic de celle-ci ne repose pas seulement sur un volume mais aussi sur la clinique : douleur abdominale + envie d’uriner mais impossibilité d’avoir une miction. Après la pose de sonde sur RAU, il est rappelé d’effectuer un clampage de 20 min tous les 500 cc afin de prévenir une hémorragie a vacuo ;
-    protection de la peau lors d’une escarre sacrée ou autres plaies sévères et d’alitement chez la femme.

Attention : l’incontinence urinaire n’est pas une contre-indication, excepté chez la femme inconsciente et/ou le patient en réanimation ou soins intensifs (patient comateux, grand brûlé, bloc opératoire). En dehors de ces situations, des moyens non invasifs (protections absorbantes, collecteurs d’urines, étuis péniens pour les hommes, sondages évacuateurs intermittents) doivent être privilégiés.

Contre-indications :

En revanche, la sonde à demeure est contre-indiquée en cas de : 
-    sténose urétrale connue (sa pose sera alors réalisée par un urologue sous fibroscopie) ;
-    urétrorragie à la suite d’un traumatisme du bassin car il existe un risque d’aggravation des lésions ;
-    prostactectomie récente de moins de sept jours en raison du risque de lésion de l’anastomose urétro-vésicale ( repose par un urologue).

Pas de contre-indication en cas de malformation (pénis atypique) : 
-    pour un hypospadias, adapter le calibre de la sonde car l’orifice est plus petit
-    si sexe enfoui, procéder à l’aveugle.

Autre contre-indication secondaire de la sonde à demeure (SAD) : la prostatite avec choc septique en raison du risque de décharge bactérienne. Il convient alors de poser un cathéter sus-pubien.

La sonde trois voies ou à double courant 

Cette sonde est indiquée seulement en cas d’hématurie avec caillots du fait de l’existence d’un risque d’obstruction de l’urètre (RAU). Elle ne l’est donc ni pour une hématurie macroscopique – car pas de risque d’obstruction –, ni pour une infection urinaire, ni davantage pour une urétrorragie après arrachage de sonde. Dans ce dernier cas, une simple sonde à demeure mise en traction après gonflage du ballonnet à l’aide d’une compresse humide nouée au niveau de l’orifice urétrale permet l’hémostase en comprimant l’urètre (1 à 2 heures maximum sous surveillance puis réévaluation).

Les difficultés lors de la pose 

Certaines difficultés peuvent être rencontrées lors de la pose d’une sonde urinaire. Pour l’essentiel:
-    un ressenti douloureux chez les hommes. Pour y remédier, « il est possible d’anesthésier la muqueuse urétrale, avant sa pose, avec un gel lubrifiant de lidocaïne, tout en respectant un temps d’application de 8 à 10 min », précisent les infirmières. Attention : une douleur au gonflage du ballonnet indique que la sonde est mal positionnée (probablement dans l’urètre et non dans la vessie). Il est donc préconisé de bien monter la sonde jusqu’à la garde lors de la pose et d’attendre l’apparition d’urines avant de gonfler le ballonnet.
-    une lésion urétrale
-    l’échec. «Dans ce cas, il importe de favoriser le compagnonnage et donc de faire appel à un personnel expérimenté, qui saura utiliser par exemple pour l’homme un modèle béquillé.»

Chez la femme, il n’y a pas de difficultés notables, la principale étant de trouver le méat. 
Chez l’homme, certains passages anatomiques sont parfois difficiles, en l’occurrence :
-    le méat en cas hypospadias congénital
-    l’urètre pénien, d’où l’importance d’une traction de la verge
-    l’urètre bulbaire.

Les complications 

3 principales complications:

L’équipe de soins critiques du site hospitalier de Nemours pointe trois complications majeures :
-    l’infection urinaire 
-    l’escarre de la verge, exclusivement rencontrée chez l’homme alité. Pour le prévenir, la SAD doit alors être fixée à l’abdomen avec le pénis au zénith
-    le paraphimosis sur sonde urétrale, correspondant à une sténose chez les hommes non circoncis. Un recalottage après la pose de la sonde et après chaque toilette permet de le prévenir.
Là encore, l’incontinence urinaire n’est pas une complication.

Autres complications possibles:

D’autres complications sont néanmoins possibles, telles :
-    la nécrose du col de la vessie liée à la pression du ballonnet et/ou pression de la sonde de gros calibre (chez un patient ayant des pathologies vasculaires)
-    des fuites générées par un gonflage insuffisant du ballonnet. Attention donc au volume propre à chaque fabricant (variable de 3 à 50 mL) et à l’effectuer à l’eau stérile (l’utilisation de sérum physiologique NaCI – 0,9% – est à proscrire en raison du risque de formation de cristaux dans le ballonnet avec un risque d’altération de ce dernier et d’obstruction du canal servant au dégonflement)
-    la sténose, conséquence d’un sondage traumatique ou d’un arrachage de sonde
-    une douleur de la verge, auquel cas un gel anesthésique peut être appliqué
-    une douleur de la vessie occasionnée par un surgonflage du ballonnet ou à des spasmes vésicaux (dans ce cas, proposer des antispasmodiques vésicaux)

Quelles mesures pour prévenir l’infection urinaire?

La pose d’une sonde urinaire à demeure est un facteur de risque d’infection urinaire associée aux soins. Un risque d’autant plus augmenté que celle-ci perdure : six semaines de sondage équivalent ainsi à 100% de colonisation bactérienne.
Si ces infections engagent rarement le pronostic vital du patient, elles peuvent en revanche prolonger une hospitalisation. Leur prise en charge peut également être compliquée en raison de la fréquence élevée de souches bactériennes résistantes aux antibiotiques.

Deux mesures essentielles:

-    changer la sonde urétrale en cas d’échec (en particulier chez la femme : si échec de la pose car dans le vagin, ne pas utiliser ensuite la même sonde pour retenter la pose) ou de mauvaise manœuvre ; 
-    la pose (assemblage, avant la pose, de la sonde et du collecteur à urine) et le maintien en système clos. Cela évite la contamination du collecteur et de la SAD.
 En cas de déconnexion, il ne faut pas reconnecter mais reposer. Idem en cas de sonde bouchée (pas de déconnexion pour tentative de débouchage => ablation et repose).
À noter : le collecteur et le tuyau doivent être positionnés en déclive (sous le niveau de la vessie mais pas au sol).

Plus globalement :

La prévention de l’infection urinaire doit reposer sur :
-    une hygiène quotidienne, qui passe par une toilette urogénitale avec de l’eau et au savon doux, y compris la sonde, du méat urinaire vers l’extrémité de la sonde (et après chaque selle et en cas de souillure) et par une vidange du collecteur (compresses + alcool), le tout en limitant les manipulations (attendre qu’il soit à ¾ plein mais au minimum une fois par 24 heures) ;
-    un ECBU sur la sonde à demeure : le prélèvement doit être réalisé de manière aseptique sur le site dédié (désinfection du site avec compresses stériles et un antiseptique alcoolique) après clampage ;
-    une réévaluation quotidienne de l’indication de la sonde urinaire et une ablation la plus précoce possible.

Quel type de sonde choisir ?

Le choix du type de sonde dépend du type de patient et de la durée du sondage.
-    Le modèle béquillé (types Tiemann, Dufour, Mercier) est plus adapté à l'urètre masculin et facilite le passage du coude de celui-ci. L’IDE doit toutefois le maîtriser (traction verticale puis horizontale du pénis). «Béquille et bague colorée vers le haut, il faut tenir le pénis vers le haut et quand on ressent une résistance, il ne faut pas forcer et repositionner le pénis à l’horizontale, conseille l’une des IDE du site hospitalier de Nemours. La traction doit être maintenue tout du long de la pose quel que soit le type de sonde béquillée ou non, simple ou double».
-    La forme droite (cylindrique, Couvelaire, en biseau) de l’extrémité distale de la sonde est plus adaptée à l'urètre féminin et à celui des enfants.
-    Les sondes en latex ont l’avantage d’être plus souples et résistantes. Mais elles exposent à un risque d’allergie et doivent être changées beaucoup plus souvent. Celles en silicone sont plus poreuses. Il est donc conseillé de vérifier régulièrement la pression de gonflement du ballonnet.

*Article rédigé à partir d’un atelier animé par l’équipe médicale et paramédicale du site hospitalier de Nemours lors du Salon Infirmier 2025.

Bibliographie : 
- Tiwari MM et al. Inappropriate use of urinary catheters : a prospective observationnal study. Am J Infect Control 2012 ;40 :51-4
- In Bon usage des sondes urinaires et des étuis péniens, version sept. 2024, OMéDIT Centre-Val de Loire.
- Bon usage des sondes urinaires et des étuis péniens, version sept. 2024, OMéDIT Centre-Val de Loire

 


Source : infirmiers.com