Dans le conflit qui oppose l’association Asalée à l’Assurance maladie, les acteurs continuent de se renvoyer la balle. Et ce sont désormais la CFDT Santé-Sociaux et l’UNSA Santé-Sociaux qui montent au créneau pour charger la direction d’Asalée, qu’elleS identifieNT comme responsable d’une situation qui continue de se dégrader. Si les salaires de janvier des 2 000 infirmiers salariés ont pu être versés, quoiqu’avec retard, ceux de février semblent à leur tour menacés. Les syndicats font ainsi état dans un communiqué «d’un paiement partiel», l’association sollicitant «une avance financière» auprès des médecins du dispositif. Eux ne sont pas salariés du dispositif, leurs revenus ne sont donc pas en danger. De quoi convaincre l'association de leur demander de pallier sa défaillance. «Cette situation est inacceptable», s’indignent CFDT et UNSA.
Or avec le manque de ressources, c’est l’endettement de l’association auprès des URSSAF qui explose. Ses finances dépendent en effet intégralement de l’Assurance maladie, rappelle Elisabeth Bellomo, secrétaire générale d’UNSA Santé-Sociaux. Parallèlement, Asalée est confrontée à un signalement judiciaire, effectué en décembre dernier par le commissaire aux comptes. Un avertissement qui fait suite à une précédente alerte, réalisée à la suite de la validation des comptes de l’association. Face à une situation qui se dégrade, le commissaire aux comptes a été «dans l’obligation de lancer une alerte de niveau 4», celle qui précède une éventuelle liquidation, précise Elisabeth Bellomo.
La Direction d'Asalée directement mise en cause
Pour la CFDT et l'UNSA, les causes qui ont mené à cette situation sont parfaitement identifiables : ce sont le manque de transparence de l’association et «l’absence de mise en conformité avec les préconisations du rapport de l’IGAS» qui ont finalement entraîné la suspension des subventions par l’Assurance maladie. Issu d’une expérimentation et financé par les fonds publics, le dispositif Asalée est en effet soumis à un devoir de transparence. «Or celui-ci n’est pas respecté», indique Elisabeth Bellomo, qui évoque notamment la tendance de l’association à sous-traiter un certain nombre d’activités à des entreprises privées tout en maintenant l’opacité. «Les alertes étaient connues, rien n’a été corrigé par l’association», s’agacent les deux syndicats dans leur communiqué, pointant l’incurie de la direction de l’association, qui refuse, selon eux, d’admettre les difficultés financières qui la frappent.
«La direction d’Asalée pratique une forme de chantage affectifs auprès de ses salariés, en leur demandant d’envoyer des courriers à la CNAM pour pouvoir plainte. Ils en sont là !», s’étrangle la secrétaire générale de l’UNSA. «Elle instrumentalise des salariés» qui ne sont pas certains de pouvoir conserver leur emploi dans les 2 ou 3 semaines à venir. «Il y a des infirmières qui sont même dans l’incapacité, actuellement, de mettre ne serait-ce que de l’essence dans leur réservoir pour aller voir leurs patients», car elles n’ont toujours pas touché leur salaire.
Salariés et patients fragilisés
Cet état de fait est d’autant plus dommageable que le dispositif a été reconnu comme pertinent dans un contexte où se heurtent vieillissement de la population et difficultés croissantes d’accès aux soins. Patient et salariés de l’association en paient le prix fort : «Malgré cette situation critique, les salarié·es continuent d’assurer leurs missions auprès des patient·es. Ils et elles tiennent à bout de bras un dispositif reconnu, tout en étant pris en otage par la gestion de la gouvernance au cœur du conflit avec la CNAM» «L’association est viable et le service rendu aux patients est réel», renchérit Elisabeth Bellomo, qui déplore que l’association se refuse à reprendre les négociations avec l’Assurance maladie.
Face à l’absence d’amélioration, les syndicats demandent la mise sous administration judiciaire d’Asalée afin d’éviter sa liquidation et de garantir sa pérennisation et le versement des salaires.
Une bataille des versions
C’est un rapport de l’IGAS, paru en juillet 2025 qui a mis le feu aux poudres. Relevant une activité de l’association en deçà des attendus fixés dans la convention signée avec l’Assurance Maladie, il soulignait aussi «des insuffisances en terme d’organisation et de pilotage». Il listait une quarantaine de recommandations à mettre en place pour assainir sa gestion. Las, fin janvier 2026, la CNAM a estimé que les conditions n’étaient pas remplies pour procéder au versement des subventions, notant notamment que l’association n’était pas à jour dans le paiement de ses cotisations. Le jour suivant, Asalée répondait dans une lettre ouverte en annonçant vouloir saisir la justice.
L’association, par la voix de sa présidente, Margot Bayart, accuse entre autres la CNAM de l’avoir sous-financée. Un argument qu’Elisabeth Bellomo bat en brèche : «L’Assurance maladie finance en fonction du nombre de personnes en poste à N-1. Si l’association décide d’embaucher entretemps 300 ou 400 infirmiers au cours de l’année, forcément, les financements ne sont pas suffisants…» Asalée réclame de son côté la signature d’une convention 2026-2028 afin de sécuriser son activité au cours des deux années à venir. Alors que chacun campe sur ses positions, la reprise du dialogue apparaît fortement compromise avec, en bout de fil, des infirmiers salariés particulièrement fragilisés.
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